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HARTBRAND – INTERVIEW

D’où te viens l’envie de faire une musique si “dure”?

Je suis fortement inspiré par le genre Indus. Quand j’étais enfant, j’ai grandi dans Berlin Est à l’époque de la chute du mur. Les gamins comme moi avaient l’habitude de jouer dans les bâtiments industriels abandonnés quand il y eut la phase de décroissance économique en Allemagne de l’Est dans les années 90.

Ces émotions ont construit en partie la personne que je suis. Un autre élan créatif à l’origine de ce projet fut déclenché par l’adhésion de mon père à un parti politique de droite, un peu comme le FN en France. Cela créa une crise familiale majeure et je suis à la recherche de réponses pour comprendre la division et la haine qui se propagent si massivement dans l’époque que nous vivons. Gérer cela demande de bâtir autour de soi un mur de son colossal.

La musique pour moi a toujours été l’expression d’émotions, le moyen de communiquer avec les autres, d’exprimer ce qu’il est difficile à gérer, de quoi qu’il s’agisse. Ainsi, de manière artistique, j’ai essayé de communiquer sur le conflit générationnel, et la dichotomie de populations citadines / rurales à travers les sons et les images sur Brunst EP, ma dernière sortie.

Peux-tu nous en dire davantage sur ton approche musicale d’un point de vue technique ?

Tout mon matériel est analogique. A douze ans je construisais déjà une petite table de mixage, alors souder des composants électroniques d’instruments de musique me semble presque naturel. C’est pourquoi au fil des ans j’ai dépensé tout mon argent dans des
synthés analogiques, des compresseurs, des équaliseurs. J’ai même vécu deux ans dans mon studio pour pouvoir me le permettre.

Mais comprenez-moi bien, j’utilise bien sûr l’ordinateur et de nombreux plugins et c’est génial. Il y a cependant une différence : le hardware me correspond tout à fait, les machines me parlent. Depuis 2017, l’année où j’ai obtenu mon master en sciences d’ingénierie musicale, cette obsession m’a conduit à beaucoup travailler pour d’autres artistes en tant qu’ingénieur du son pour le mixage et le mastering.

Comment ça se passe à Berlin depuis le Covid ?

Comme dans la plupart des villes toute vie culturelle s’est arrêtée en quelque sorte alors que tous les centres commerciaux sont restés ouverts, ce qui donne une impression très étrange. Je suis plutôt effaré qu’il n’y ait pas plus de débat public sur le fait que la culture est inestimable. Les temps sont vraiment durs pour tous les artistes bien que comparé à beaucoup d’autres pays je dois dire que ces questions sont plutôt bien gérées par ici.

Et en ce qui concerne tes actualités artistiques ?

Avec mon partenaire Metapattern nous avons fondé le « lost sonar collective », un groupe de performers live modulaire qui se produisent dans des endroits désaffectés à couper le souffle et c’est sur youtube. Nous avons pensé que cette période de crise demandait en retour un signe d’espoir. C’est réellement extraordinaire combien il existe d’artistes live talentueux ici. Nous avons commencé à publier les vidéos le 08 janvier 2021. C’est plutôt excitant !

 

As-tu d’autres passions que la musique ?

Vous pouvez me traiter de maniaque, mais non, pas vraiment ! Hahaha.

Ecoutes-tu autre chose que de la musique électronique ?

Mes plus grandes inspirations viennent de producteurs tels que Lapalux et Rival Consoles. A côté de cela, qui est d’ailleurs plutôt électronique, j’écoute beaucoup de musique pop avant-gardiste. Mais mon centre d’intérêt majeur réside dans la musique électronique.

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Quelle est ta vision du monde pour les dix années à venir ?

Je suppose que la crise du Covid n’est que la petite partie immergée de l’iceberg. Imaginez ce qu’il se produira dans les pays européens lorsque nombre de personnes de classe moyenne qui en ce moment travaillent à un poste tranquille sur un ordinateur dans les compagnies d’assurances seront remplacées par des algorithmes.

Au même moment le changement climatique nous frappe de plein fouet. Je suis à peu près certain qu’il y aura alors de nombreuses raisons d’exprimer à travers l’art ce qu’il arrivera alors. En tant qu’artiste il me semble réellement qu’il est de ma responsabilité de parler de cela et d’essayer d’interagir avec la société sur ces sujets.